BDLa «guérison» d'une rescapée de «Charlie Hebdo»

Preview BD: Rescapée des attentats de Charlie, Catherine Meurisse met en bulles sa «guérison»

BDDargaud et « 20 Minutes » ont le plaisir de vous présenter les premières planches de « La Légèreté », « livre renaissance » d’une collaboratrice de « Charlie Hebdo », Catherine Meurisse…
La Légèreté (extrait)
La Légèreté (extrait) - Catherine Meurisse & éditions Dargaud 2016
Olivier Mimran

Olivier Mimran

Le 7 janvier 2015, Catherine Meurisse est arrivée en retard à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo, pour lequel elle dessinait depuis dix ans. Mais si elle a échappé au massacre, elle n’en est, pour autant, évidemment pas sortie indemne… Après des mois d’une sidération ponctuée de symptômes destructeurs, la dessinatrice est quand même parvenue à se reconstruire, comme être humain et comme auteure. Comment ? En se lançant dans une « quête de beauté », « l’antidote idéal à l’horreur ». C’est ce chemin de croix qu’elle raconte dans La Légèreté, et sur lequel elle est revenue dans un entretien accordé à 20 Minutes. Retrouvez son témoignage à la suite de la preview, ci-dessous. Bonne lecture !

Résumé : Dessinatrice à Charlie Hebdo depuis plus de dix ans, Catherine Meurisse a perdu, le 7 janvier 2015, des amis, des mentors, le goût de dessiner, la légèreté. Après la violence des faits, une nécessité lui est apparue : s’extirper du chaos et de l’aridité intellectuelle et esthétique qui ont suivi en cherchant leur opposé – la beauté. Afin de trouver l’apaisement, elle consigne les moments d’émotion vécus après l’attentat sur le chemin de l’océan, du Louvre ou de la Villa Médicis, à Rome, entre autres lieux de renaissance.

Un lent processus de reconstruction

« Le jour même de la tuerie, j’ai pensé que ma vie de dessinatrice s’écroulait, que je ne pourrai plus jamais tenir un crayon. Un mur s’était abattu sur nous et j’étais sous ce mur, avec mes collègues et amis de Charlie. Il m’a donc fallu m’en extraire, pierre après pierre, pour me libérer, retrouver les fragments de ce que j’étais avant et les recoller », se souvient Catherine Meurisse. Un processus indispensable, mais long et douloureux. Soutenue par ses proches, éclairée par un psy, la jeune femme s’emploie d’abord à « recouvrer une cohérence perdue le 7 janvier ».


Chaos intérieur

Après la réaction collective (celle des « survivants » de Charlie, qui, encore bouleversés, ont réussi à rapidement relancer le journal), Catherine Meurisse s’efforce donc de « remettre de l’ordre » dans son chaos intérieur. Car « le terrorisme n’anéantit pas seulement les êtres, il détruit aussi le langage et la mémoire. Je le raconte dans le livre en évoquant ces périodes durant lesquelles je mélangeais mes mots, ceux de mes proches, j’oubliais le début de mes phrases, je perdais le fil de mes pensées. »


Le Beau contre l’Immonde

« Je suis longtemps restée dans un silence intérieur dû au choc traumatique ; et en même temps, les mots toquaient dans un coin de ma tête, ils voulaient absolument sortir. Je me suis donc remise à dessiner et écrire, dès l’été 2015, ce qui m’agitait de manière fragmentaire. J’ai ainsi pu, lentement, « récupérer » des émotions, des souvenirs, de cette pensée qui m’avait abandonnée quelques mois plus tôt ».
Pour parachever ce début de « guérison », Catherine Meurisse décide donc, à l’automne 2015, de rallier la Villa Médicis (siège de l' Académie de France à Rome, où des artistes français sont régulièrement accueillis en résidence) : « Après avoir commencé à me reconstruire en tant que femme, j’avais besoin de le faire en tant qu’artiste. Je me suis donc lancée dans une quête esthétique et culturelle, une quête de beauté absolue que j’espérais réparatrice. Je crois que je cherchais, après avoir affronté la barbarie, à retrouver la civilisation dans ce qu’elle a d’immuable ».


« Adoucir l’idée de la mort »

Pourtant, les massacres continuent de la hanter : « Quand je déambulais dans les musées – je le raconte dans l’album-, je ne voyais d’abord que les sculptures démembrées (des Vénus sans bras, des Apollons sans tête). J’étais attirée par ces représentations qui me rapprochaient des corps de la rédaction de Charlie et ceux du Bataclan, les attentats du 13 novembre venant de se produire. Mais étrangement, mon imaginaire insufflait à ces corps de pierre de la beauté… Certainement pour adoucir, inconsciemment, l’idée même de la mort ? C’est en tout cas ce processus de symbolisation à travers l’art, qui, je pense, m’a conduite vers l’apaisement, la « guérison », une renaissance ».


Absolument bouleversant, l’album ne verse pourtant jamais dans le pathos. Il est même traversé – on ne se refait pas — de saynètes humoristiques, car « perdre définitivement le sens de l’humour aurait été mourir tout à fait ». Et probablement tirer un trait sur cette légèreté à laquelle se réfère le titre de ce magnifique témoignage. « Ma légèreté de femme et d’auteure, je l’ai hélas temporairement perdue – comme tous mes amis survivants. Mais j’essaie de la retrouver, et en ce sens, ce livre est une première étape ».

La Légèreté, de Catherine Meurisse - éditions Dargaud, 19,99 euros
En librairie le 29 avril 2016

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